Le Conseil des ministres libanais a approuvé, le 23 juillet 2026, la feuille de politique publique présentée par le ministère de l’Énergie et de l’Eau pour le secteur de l’électricité. Le gouvernement a aussi demandé la préparation des décrets nécessaires à son application. Cette décision place de nouveau l’électricité au centre de l’agenda économique, après des années de pénuries, de déficits publics et de dépendance aux générateurs privés. Le contenu détaillé du document n’a toutefois pas encore été rendu public. Les objectifs chiffrés, le calendrier, les investissements prévus et les mécanismes de contrôle restent donc à préciser.
La décision annoncée à l’issue de la séance ne constitue pas encore une réforme appliquée. Elle valide un cadre d’action gouvernemental et ouvre une phase réglementaire. Les ministères et organismes concernés devront maintenant transformer les orientations générales en décrets, contrats, budgets et procédures. Cette étape sera déterminante. Le Liban a déjà adopté plusieurs plans pour l’électricité, sans parvenir à rétablir un service continu ni à placer l’opérateur public sur une trajectoire financière durable.
Une feuille de politique approuvée, mais encore peu détaillée
Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a indiqué que le dossier avait occupé une part importante des discussions en Conseil des ministres. Selon le compte rendu officiel, le gouvernement a approuvé la feuille soumise par le ministre de l’Énergie et a demandé l’émission des décrets correspondants. Aucune présentation complète du texte n’a accompagné cette annonce.
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Cette absence de détails limite, à ce stade, l’évaluation de la politique du secteur de l’électricité. Le public ne connaît pas encore les cibles retenues pour la production, les heures d’alimentation, la réduction des pertes ou l’équilibre financier d’Électricité du Liban. Le gouvernement n’a pas non plus annoncé le coût global des mesures envisagées.
Plusieurs questions restent ouvertes. La feuille prévoit-elle de nouvelles centrales, une conversion vers le gaz, un recours accru au solaire ou des achats d’électricité auprès de pays voisins ? Fixe-t-elle un calendrier pour moderniser le réseau de transport ? Organise-t-elle l’intervention de producteurs privés ? Définit-elle une protection tarifaire pour les ménages modestes ?
Ces éléments doivent figurer dans les textes d’application ou dans les documents techniques annexes. Leur publication permettra de distinguer les mesures immédiatement exécutables des objectifs de moyen terme. Elle permettra aussi de vérifier si les financements disponibles couvrent les engagements annoncés.
Le choix de passer par des décrets montre que plusieurs dispositions nécessitent une base réglementaire précise. Ces textes devront répartir les responsabilités entre le ministère de l’Énergie, Électricité du Liban, le ministère des Finances et les organismes de contrôle. Ils devront également fixer les règles de passation des marchés et les obligations des éventuels opérateurs privés.
La politique du secteur de l’électricité face aux crises
Le système électrique libanais souffre depuis des décennies d’un écart entre la demande et l’offre publique. Avant même la crise financière de 2019, les coupures étaient régulières. L’effondrement monétaire, la pénurie de devises et la hausse du coût des combustibles ont ensuite réduit davantage la capacité de production.
Électricité du Liban n’a plus été en mesure d’assurer une alimentation stable. Les ménages et les entreprises ont compensé par des abonnements à des générateurs de quartier, puis par des installations solaires privées. Ce basculement a évité un arrêt complet de nombreuses activités, mais il a créé un système à plusieurs vitesses.
Les consommateurs disposant de revenus en dollars ont pu financer des panneaux, des batteries ou des abonnements coûteux. Les foyers les plus fragiles ont réduit leur consommation ou subi de longues périodes sans courant. Les entreprises ont intégré le coût de l’énergie privée dans leurs prix, ce qui a alimenté les tensions sur le pouvoir d’achat.
Le secteur pèse aussi sur les finances publiques. Pendant des années, l’État a couvert les pertes d’Électricité du Liban, notamment en finançant les achats de carburant. Les tarifs, longtemps gelés, ne reflétaient ni les coûts réels ni l’évolution des prix internationaux.
Une réforme tarifaire a été engagée après la crise, mais elle ne suffit pas à rétablir l’équilibre. Un tarif plus élevé ne produit des recettes que si la facturation est régulière, si les compteurs fonctionnent et si les factures sont effectivement encaissées. La qualité du service joue également un rôle central dans l’acceptation du paiement.
Production, réseau et collecte : trois chantiers liés
La réforme ne peut pas se limiter à augmenter la quantité d’électricité produite. Une centrale supplémentaire ne résout pas les pertes sur le réseau, les impayés ou les branchements irréguliers. À l’inverse, une amélioration de la collecte ne suffit pas si l’offre reste faible et imprévisible.
Le premier chantier concerne la production. Le Liban dépend largement de centrales thermiques vieillissantes et de combustibles importés. Cette dépendance expose le pays aux variations des cours mondiaux, aux difficultés de financement et aux perturbations logistiques.
Le recours au gaz naturel est souvent présenté comme une option moins coûteuse et moins polluante que certains combustibles actuellement utilisés. Sa mise en œuvre suppose toutefois des infrastructures d’importation, des contrats d’approvisionnement et des garanties financières. Elle dépend aussi du contexte régional.
Le deuxième chantier porte sur le transport et la distribution. Des équipements anciens, des lignes saturées et des postes insuffisamment entretenus provoquent des pertes techniques. Les investissements doivent cibler les zones où le réseau ne peut pas absorber une production supplémentaire ou intégrer correctement les nouvelles capacités renouvelables.
Le troisième chantier concerne les pertes non techniques. Les branchements illégaux, la fraude et les factures impayées réduisent les recettes de l’opérateur public. Leur traitement exige des compteurs fiables, des équipes d’inspection et un soutien politique aux mesures de contrôle.
Ces trois dimensions doivent avancer ensemble. Une politique crédible doit associer la production, le réseau et la gouvernance commerciale. Elle doit aussi prévoir des indicateurs publics pour suivre les résultats.
Le financement de 250 millions de dollars
La Banque mondiale a approuvé en octobre 2024 un financement de 250 millions de dollars pour un projet consacré aux énergies renouvelables et au renforcement du système électrique libanais. Son objectif est d’aider à rétablir des services de réseau plus propres, plus fiables et plus efficaces.
Ce financement constitue un levier important, mais il ne couvre pas l’ensemble des besoins du secteur. Il doit soutenir des investissements ciblés et accompagner certaines réformes. Les décaissements dépendent généralement de procédures, de plans de passation des marchés et d’exigences de suivi.
Le projet international peut financer des travaux sur le réseau, des équipements ou des capacités renouvelables. Il peut aussi contribuer au renforcement institutionnel. Son efficacité dépendra toutefois de l’alignement entre les priorités du bailleur et la feuille de politique approuvée par le gouvernement.
Le Conseil des ministres devra éviter les chevauchements entre programmes. Chaque investissement doit correspondre à une fonction précise : production, transport, distribution, comptage ou gestion. Une coordination insuffisante pourrait conduire à financer des équipements sans traiter les obstacles qui limitent leur utilisation.
Le montant de 250 millions de dollars a par ailleurs été évoqué lors de l’échange entre le ministre de l’Information et les journalistes après la séance. La réponse rapportée a semblé l’associer à la transformation numérique. Or le Conseil a approuvé séparément un prêt de 150 millions de dollars pour ce dossier.
La clarification des montants est nécessaire. Le financement de 250 millions de dollars concerne le projet électrique approuvé antérieurement par la Banque mondiale. Le prêt de 150 millions annoncé lors de la séance du 23 juillet vise la numérisation des services publics. Les deux programmes ne répondent pas aux mêmes objectifs.
La place attendue des énergies renouvelables
L’essor rapide des panneaux solaires a profondément modifié le paysage énergétique libanais. Face aux coupures et au coût des générateurs, des ménages, des commerces, des hôpitaux et des institutions ont installé leurs propres systèmes.
Cette progression a réduit la pression sur le réseau pendant certaines heures. Elle a aussi créé une capacité électrique dispersée, financée directement par les consommateurs. Le phénomène s’est développé plus vite que le cadre réglementaire.
La nouvelle politique du secteur de l’électricité devra intégrer cette réalité. Elle devra fixer des normes pour les installations, les batteries, les raccordements et la sécurité. Elle devra aussi définir les conditions dans lesquelles les producteurs peuvent injecter un surplus sur le réseau.
Le développement du solaire à grande échelle nécessite des lignes capables de transporter l’électricité produite. Il suppose également des mécanismes de stockage ou des moyens de production complémentaires pour les périodes sans soleil.
Les autorités devront éviter que la transition énergétique accentue les inégalités. Les ménages qui ne peuvent pas acheter leurs propres équipements ne doivent pas être exclus d’un système public modernisé. Les projets collectifs, les installations municipales ou les mécanismes de financement adaptés peuvent réduire cet écart.
La question des tarifs reste liée à cette évolution. Plus les gros consommateurs quittent partiellement le réseau grâce au solaire, plus l’opérateur public risque de perdre des recettes. Une tarification mal conçue pourrait transférer une part croissante des coûts fixes vers les abonnés les moins équipés.
Une autorité de régulation au cœur du dispositif
La gouvernance représente l’un des principaux tests de la réforme. Le secteur a longtemps été géré par une concentration des décisions au ministère et chez l’opérateur public. Les partenaires internationaux ont régulièrement demandé une régulation plus indépendante et des responsabilités mieux séparées.
Une autorité de régulation doit pouvoir encadrer les licences, surveiller les tarifs, contrôler la qualité du service et arbitrer certaines relations entre opérateurs. Son efficacité dépend de son indépendance, de ses moyens et de la transparence de ses décisions.
La seule création ou activation d’une autorité ne garantit pas son fonctionnement. Elle doit disposer d’experts, d’un budget et d’un accès aux données du secteur. Elle doit aussi publier des décisions motivées et des rapports réguliers.
Le cadre réglementaire devra préciser la relation entre cette autorité, le ministère de l’Énergie et Électricité du Liban. Le ministère fixe la politique publique. Le régulateur applique les règles et surveille le marché. L’opérateur produit, achète, transporte ou distribue l’électricité selon le modèle retenu.
Une séparation claire réduit les conflits d’intérêts. Elle améliore aussi la confiance des investisseurs. Les entreprises privées hésitent à financer des infrastructures lorsque les règles peuvent changer sans procédure prévisible ou lorsque l’organisme public cumule plusieurs fonctions.
Tarifs et protection sociale : l’équilibre sensible
Le rétablissement financier d’Électricité du Liban passe par des recettes plus régulières. Le gouvernement devra toutefois éviter une approche limitée à la hausse des tarifs. Les ménages paient déjà plusieurs factures d’énergie, entre le réseau public, les générateurs et les équipements privés.
Le coût réel doit être comparé au nombre d’heures fournies. Une facture publique plus élevée peut devenir acceptable si elle remplace une partie importante de la dépense consacrée aux générateurs. Elle sera plus difficile à supporter si l’alimentation reste faible.
Un mécanisme social peut protéger une consommation de base. Il peut prendre la forme d’un tarif progressif, d’une tranche subventionnée ou d’une aide ciblée. Son financement doit être explicite afin de ne pas recréer un déficit caché.
Les autorités doivent aussi traiter les arriérés accumulés par certaines administrations et institutions publiques. L’État ne peut pas demander aux ménages de payer régulièrement tout en laissant ses propres organismes retarder leurs règlements.
La transparence des factures sera essentielle. Les abonnés doivent pouvoir comprendre la quantité consommée, le tarif appliqué, les taxes et les éventuels frais fixes. Les procédures de contestation doivent également fonctionner.
L’installation de compteurs modernes peut améliorer la facturation. Elle peut réduire les estimations et faciliter le suivi de la consommation. Elle soulève cependant des questions de coût, de protection des données et de maintenance.
Le secteur privé sous conditions de transparence
La politique approuvée pourrait ouvrir davantage le secteur à des producteurs privés. Cette participation peut accélérer les investissements lorsque l’État manque de capitaux. Elle peut aussi introduire de nouvelles compétences techniques.
Le recours au privé ne garantit pas automatiquement des prix plus bas. Tout dépend des contrats, des risques transférés et des conditions de concurrence. Un accord mal négocié peut engager l’État sur des paiements élevés pendant plusieurs années.
Les appels d’offres devront donc être publics et compétitifs. Les critères d’attribution, les offres reçues et les contrats signés doivent pouvoir être contrôlés. Les clauses tarifaires doivent être compatibles avec la capacité de paiement du système.
Le gouvernement devra aussi définir le rôle d’Électricité du Liban. L’établissement peut rester acheteur central, gestionnaire du réseau ou opérateur intégré. Chaque modèle comporte des risques et nécessite des règles différentes.
La production décentralisée ajoute une autre dimension. Des municipalités, des coopératives ou des groupes d’entreprises peuvent développer des installations locales. Leur raccordement exige un cadre technique et commercial uniforme.
Une ouverture mal organisée pourrait fragmenter davantage le système. Une ouverture encadrée pourrait, au contraire, diversifier l’offre et réduire la dépendance à quelques centrales.
Les décrets comme premier test politique
L’adoption du document par le Conseil des ministres donne au gouvernement une base politique commune. Le premier test sera désormais la rapidité de préparation des décrets demandés.
Ces textes devront être suffisamment précis pour permettre l’exécution. Ils ne doivent pas seulement reprendre des principes généraux. Ils devront fixer des délais, désigner les autorités responsables et définir les mécanismes de contrôle.
Le Parlement pourrait également être appelé à intervenir si certaines mesures exigent une modification législative. La distinction entre ce qui relève d’un décret et ce qui nécessite une loi devra être clarifiée.
La publication du texte intégral de la feuille renforcerait la transparence. Elle permettrait aux experts, aux syndicats, aux entreprises et aux associations de consommateurs d’examiner les choix retenus.
Le gouvernement devra aussi présenter un tableau de financement. Celui-ci devrait distinguer les prêts, les dons, les investissements privés et les ressources propres d’Électricité du Liban. Il devrait préciser le coût de chaque phase.
Un calendrier public permettrait enfin de mesurer l’avancement. Les autorités pourraient fixer des objectifs trimestriels ou annuels sur les heures d’alimentation, la collecte, les pertes, les travaux de réseau et les capacités renouvelables.
Une réforme jugée sur les heures de courant
Pour les citoyens, le succès ne se mesurera pas au nombre de documents adoptés. Il dépendra des heures d’électricité disponibles, de la stabilité du voltage et du coût total payé chaque mois.
Les entreprises attendent une alimentation prévisible pour réduire l’usage des générateurs. Les hôpitaux, les écoles et les services publics ont besoin d’un courant continu pour fonctionner normalement.
Une amélioration progressive peut déjà produire des effets économiques. Chaque heure supplémentaire fournie par le réseau public peut réduire les coûts de carburant, le bruit et la pollution liés aux générateurs.
La crédibilité de la politique du secteur de l’électricité dépendra donc de résultats visibles. Le gouvernement devra expliquer les écarts éventuels entre les objectifs et l’exécution. Il devra aussi publier des données régulières sur la production et les recettes.
La décision du 23 juillet ouvre une nouvelle séquence, mais elle ne met pas fin aux incertitudes. Le contenu complet de la feuille, les décrets, le calendrier et les premiers marchés publics restent attendus. Leur publication montrera si le gouvernement a adopté un programme opérationnel ou seulement une nouvelle orientation dans un secteur où les plans se sont souvent succédé sans rétablir durablement le courant.



